Par défaut
Extrait d'un texte anonyme et incomplet
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10 Juin 2006 |
1. Stupéfaction. Le choc frontal, le moyeu cognitif réalité. Dans sa totalité inacceptable. Rejet, enclanchage du mode rédhibitoire. Redhibitoirement con. Boulot, dodo dans le brouillon d'humanité. Le monde est une paraphrase de superstitions. Un amalgame formulé par un mauvais éléve. Fast-mood. L'épaisseur grasse des instants se fait charcuter, vendue vite packagée, distribution par la route, semi-remorques blanches de l'amnésie organisée. Intérimaires anonymes. Remplissage du marché de l'apparence H24 7j/7. Pas le temps d'écrire une seule carte postale, trois métros passent. Trafic interlope de la substance emportée. Il y a désormais cette vitesse lente de l'abondance, confusion intraveineuse glucosée, bruit réchauffant de camping gaz d'humanité où l'on se rassemble comme soûl. Vroum vroum bzz bzz H24 7j/7. C'est fun, excitant, la réaction doit être nerveuse et constante. La dialectique a été abandonnée un jour de printemps. Un couple du Vermont, USA, s'en occupe désormais. Elle cueille des pommes et porte des robes à fleurs. Il faudrait un rouleau de mots infiniment plus large que n'importe quelle page pour écraser tout net l'ensemble et se prémunir de toute mauvaise volonté. Un rouleau systématique énorme à crampons et multiples roues motrices. Mettre des mots plein la marge et mettre les titres au cube. Laisse-le texte rentrer. Déploie. Cot cot codec. Pigeon vole et partition inachevée. L'aquarium explose dans tes petits yeux endormis. Bave, stupide, gave le cupide, les prudes sont rudes et les faisans putrides. La NASA invente la hâche de pierre Louis Armstrong touche la lune avant Neil. Ecris de plus en plus vite et relis toi 5 fois. Ne change rien écris plus plus plus. Fais tout en même temps et gratte-toi les hanches. Pour tout ipod vendu tu m'écris 77 mots. Tu me la fais christique et de suite. Toutes ces promotions manquent d'infini. Tu ponctues, tu improvises, tu t'emponctues toi-même dans le texte en chirurgien chinois ninja. Les mots viennent d'eux-mêmes, zoiseaux picorant des miettes de rêves, le ciel est bleu et la terre verte. Les mammifères allaitent. L'ornithorynque se distingue par exemple par son bec en cuir, ses pattes griffées palmées et le fait qu'il ponde des oeufs mais allaite. L'homme, tout pareil. Visa Master Card Gold Member. L'interview est unique et inique, répétée sans fin sur des clones usées que s'échangent sous les préaux des écoliers collectioneurs. Le touche-pipi, les petites fesses rebondies, personne n'en sort. C'est le marasme, la plaie, un océan de foutre mal fait, et c'est pourtant si joli. Voilà tout le malheur, cette vie toute finie, limitrophe pourtant de l'infini. Pas d'alinéas surtout, à la limite tu laisses la ponctuation descendre éteindre le feu du Verbe dans les esprits échauffés, glissade façon pompier ; point-virgule sauveur. T'emportes tout dans ton boeing à pédales. T'achètes tes films en VoD. Tu veux bien participer. Ta race est un malentendu amoureux. Une narine, une cuisse, te voilà tout pourfendu. Combien de queues se sont dressées? Petits phoques et anneaux de feu. A quel point mathématique le bipède produit-il plus de vivants qu'il n'engrange de morts? Calculs faramineux de l'absolu quand le calme du désir plein remplit l'interstice à coulisse. Ce texte est illisible, c'est une noyade, une naïade, on va finir par retrouver les filles gentilles qui se baignent nues dans les rivières et s'arracher la tête à tout vouloir d'un coup et que cesse en plus les bavardages. Tout ça n'a ni queue ni tête. Cot cot codec. Reprenons. Le goût de la fraise et mon pénis sur tes lèvres. En hiver mes testicules seront boules de neige. Je t'aime. Je t'aime. Je t'achèterai du savon. Je t'achéterai des petits hauts mignons. Quand j'était petit, nous vivions dans un sac plastique. Tu te rappelles le papier à musique? Vocable enchanté d'une science-fiction enfantine. Dévisse-toi la déesse. Drague une fille amoureuse de Mère Nature et tente de la faire s'épiler. Les ministres de la danse macabre sur un air de samba. Les expropriés du Macumba réunis au Père Lachaise. Tous les sortilèges pour maigrir dans un livre ultime. Tout mettre sans préjugé aucun. Tout le monde aussi.
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Comment j'ai écrit une histoire d'amour en 2006 en moins d'une page.
Par Vincent Foidisse
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23 Janvier 2006 |
Elle avait bien préparé son truc.
J'avais remarqué l'activité pas claire, je la sentais venir mais j'avais pas vu la forme. Le marin qui sent l'electricité dans l'air. Il attend l'orage, il sait pas que c'est la tempête. Comment qu'elle était resplendissante là sur le canapé quand elle a posé le bouquin sur son vagin pour me dire :
- En gros tu détestes la vie et les actes qui vont avec surtout pour te justifier autant ton inactivité que ton inexactitude.
C'est seulement partiellement vrai
J'ai répondu.
J'avais affaire aux éléments. Je l'ai su de suite.
- Tu mets beaucoup plus d'énergie à justifier tes échecs qu'à parvenir à la réussite...
Les femmes attaquent de front uniquement quand elles ont de quoi saper vos fondations en même temps. Je m'en suis rappellé,
Mais elle aussi :
- Tu te sens fondé à faire les mêmes erreurs que ton père en pire because that's your fate, admets-le?
Elle utilisait pas souvent le français dans ces situations. Quand l'anglais reprenait le dessus j'étais dans la merde. Cette phrase avait été préparée, mais l'émotion avait gagné. Paradoxalement, j'avais encore des chances partant de là.
Je me sens assez fonsdé pour faire pire
J'ai dit.
Elle a pas rigolé.
I'm high enough to do worse
J'ai répété.
Là elle a rigolé. Malgré elle. Puis elle a dit :
- Et moi je fais quoi quand t'es mort?
Je me suis remis à essayer d'écrire une histoire d'amour valable en ignorant sa question mais j'avais toute sa méchanceté curieuse qui doublait roulait bouillait lascivement dans le canapée derrière moi. Elle avait des tas de raison d'être en boule, ça c'est sûr.
Le dos tourné mais réduit niveau surface, j 'étais pas fier mais encore arrogant. Je me suis versé un grand verre de gin pas cher qu'elle avait payé.
J'ai pas mis de schweppes (qu'elle avait payé) et dans son silence assourdissant tellement qu'elle était outrée j'ai bu des grandes gorgées. Gloup. Gloup. Gloup. Et je me suis tourné et j'ai dit :
Je suis pas encore mort
puis je me me suis calmement retourné vers mon écran pour continuer mon histoire d'amour. Je me suis dit vite fait que j'allais sûrement prendre un projectile dans la gueule. J'avais déjà pris un saladier une fois en faisant des nouilles parce que je chantais "my love is killing me", des Red Elvis.
Mais rien. J'ai écrit quelques phrases dans le silence le plus total. J'en ai oublié qu'elle était là. Un bon esprit m'a même entouré pendant un moment. Et pourtant, je suis matérialiste. Mais je l'ai bien senti.
Puis d'un coup, d'un coup rapide, j'ai vu sa petite main pécho la bouteille. Le temps que je me tourne elle avait dévissé le goulot. Gloup. Gloup.
Gloup.
Gloup.
Elle a fait une sale gueule en avalant tout cet alcool.
I'll die before you
She said.
J'ai ri.
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Le Prix du meilleur mot-clé
Par la rédaction
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31 Octobre 2005 |
Comme vous le savez, ou pas, acte-gratuit "espionne" l'utilisation que vous faites du site. Malheureusement, cette surveillance n'est pas aussi glamour que le terme "espionner" veut bien le laisser entendre. Il s'agit principalement d'un relevé du nombre de passage (2.67 milliards de visites lundi dernier dont une bonne moitié d'infirmières désoeuvrées).
Cependant,
Une partie
du "rapport" de votre activité attire régulièrement notre attention. Celle-ci concerne les mots-clés utilisés dans divers moteurs de recherche, mots qui ont permis d'accéder à acte-gratuit. Nous nous sommes permis d'en dresser une liste non-exhaustive et arbitraire et d'en récompenser certains auteurs anonymement*:
* - leurs noms et adresses vous seront fournis sur demande par email -
petit film porno gratuit
Le plus classique à un mot près : "petit'. Ce "petit" change tout. C'est tout de suite bien plus sympathique, innocent.
Prix du pervers humble, celui qui se fait un "petit" plaisir
etre avec toi
Prix de la lettre d'amour lycéenne par copié collé sur google. Toujours ce méfier des personnes qui souhaitent être avec vous. Ils/elles souhaitent votre mort.
sexe vraiment entierement gratuit
Prix du pervers exaspéré.
ovulation sanglante
Direct, explicite, sans concession. Prix du pervers choc
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Vraiment aucune originalité. Le "à voir" est inutile. Nul. Prix du petit pervers sans envergure
site de film porno téléchargeable
Monsieur a dans la tête de revoir les bons passages. Prix du pervers prévoyant
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Souplesse nubile : Prix du petit pédophile
non pas toi
Si, moi.
ballet mécanique
Visiblement.
film porno gratuit a regarder tout de suite
On aime : la tension exprimée dans la demande.
Prix du pervers pressé
tu aime ou pas
Jusque là oui. Certains moments m'inspirent un profond dégoût.
filles nues sous l'eau gratuit
Quoique peu original, celui-ci nous a touché pour la raison que petit, nous appréciions beaucoup d'aller à la piscine pour sous l'eau y ouvrir les yeux et regarder les cuisses des filles. Masquer son érection posait toute une série de problèmes.
Mention spéciale
kamare
Un internaute que nous avons eu le plaisir de rencontrer nous a fait savoir que monsieur René Viénet, bien vivant, était surpris de voir ses films sur Internet et qu'il est reparti en Chine.
Nous n'avons jamais remercié entièrement l'internaute en question pour l'excellente soirée passée en sa compagnie.
C'est chose faite.
Incidemment, parler de Viénet au présent provoque toujours la même réaction : il est pas mort lui? Il est encore dans le circuit? non? ah?
Viénet, le cowboy qu'on croyait mort.
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On aime : la syntaxe jetée comme un sac de merde. Prix du pervers bourrin
lecture d'un film ou série porno gratuit sur le web
On aime : le "ou". Prix du pervers pas regardant.
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Prix de l'impulsion curieuse adolescente
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Voilà une belle idée. Le seul qui ne recherche pas d'image. Tout à l'oral. Gratuit.
Mention spéciale pour cette internaute.
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On aime : l'ambition démesurée envisagée sans crainte palpable, l'appétit, la précision du désir linguistique.
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Prix du pervers transcendental
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Oui
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Sartre et sa grosse tête de parodie!
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Voilà une requête qui ébranle la sémantique. Une touffe rasée est-elle encore une touffe?
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Prix de la multitude
humanoides
Après tout
invocation of my demon brother
Un homme c'est toujours au moins deux hommes et le bon c'est l'autre
etron bouche
Radical. Voilà quelqu'un qui ne s'égare pas. D'un orifice l'autre, à l'envers.
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Et que ça déborde!
La femme en tant que sac à sperme, la valise où l'on range son hypothétique héritage génétique avec ses copains. Il y a quelque chose du désir maternel aussi, une bonne grosse chatte, de l'espace, l'abondance ("plaine")!
Ah ce désir d'infini. Et
L'illétrisme.
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Tout un poème.
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Acte-gratuit, le site qui touche à toutes les pornographies.
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Et en plus il bande mou!
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Elle fascine drôlement la boîte à caca. Pas étonnant qu'on nous la mystifie tant.
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A lire les différents mots-clés, nous sommes souvent frappés par le peu d'alternatives qu'offre le sexe. L'homo-sexe, l'oral, la boîte à caca, la domination, les gadgets, l'amour, le petit chien... c'est un peu comme une cantine qui change jamais de menu.
Il faut inventer de nouvelles perversions.
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Goût pour l'abus de l'autre, tentation du viol. Un charmant gentleman.
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Gide vieux con!!!
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Ô moteur de recherche, oracle omniscient!
sucer la bière
J'ai toujours pensé que si je devais choisir entre le sexe ou l'alcool, je choisirais l'alcool. Par goût pour la solitude. J'aime boire seul, ça me fait rire.
gentilles filles nues
Un désir inattaquable. Où sont les nymphes qui se baignent dans la rivière en chantant?
Grand prix
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La vie moderne
Roman-feuilleton sans sujet
Par Rogien Vacrate
(auteur, compositeur et vertébré) |
28 Mai 2005 |
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Je peux me faire adorer de n’importe quelle pouffiasse, pourvu qu’elle ait un besoin subit d’éternité. Mais je les aime! Je les respecte, je suis attentif à leur moindre hystérie. Je les cajole quand elles pleurent leur poésie perdue, leur déesse envolée. Ah les amants mal formés qu’elles ont dû subir!… le soir dans les lits dégoûtants. La révélation souffreteuse dans les lumières de l’aube! Cette grosse bosse de l’homme qui dort encore, qu’on croyait pleine de quelque chose de beau… Quasimodo! Délivrez-moi! C’est là que j’arrive. Que je délivre.
Attention encore: ce n’est pas une histoire où c’est moi le type qu’a besoin d’amour, qui sait pas qu’à peur qui se cache etc. Histoire con, ça. Non, dans mon histoire je vais bien, j’ai la santé morale, je fais pas de crise. Tout va bien. Je suis le maïeuticien des born-again, des réincarnées de l’émotion. L’accès au Sublime… J’arrive dans une aura dorée, un halo luminescent, une brise fleurie. Les trompettes angéliques accompagnent mes mots d’esprit, conçus spontanément dans le flot de mes subtilités langagières. Un accord de guitare, et elles pleurent maman. C’est là encore que j’arrive. Maman, c’est moi. De mon sein l’hydromel encore chaud s’écoule. Oh les notions d’immortalité que ça vous donne! Si je pouvais les computer, accès Internet global, facile j’efface la Bible des consciences effarées! La connexion divine! Torrents de mégaoctets dévalant les pentes sinueuses de l’esprit lecteur. La vérité je vous la dis! Une puce dans ma cervelle et le monde est heureux.
Prenons le cas d’Eurydice—pas le mythe, une vraie personne, sans déconner (Eurydice Gerbault, 17 rue de l’Alcôve—75009 Paris). Eurydice, des études, un boulot, une bite de-ci de-là. Un jour inéluctable, elle implose. Elle entre dans un bar, me voit en train d’écrire, je souris, elle aussi ! me prend pour Rimbaud. Pas moins. Elle y croit dur (elle a bu au préalable, par tristesse, ce n’est pas intéressant). On discute. Elle me fait parler : je me fous de la hiérarchie, j’aime tout le monde, je pardonne à tours de bras—à coups de poings des fois même—j’ai lu Céline, Arthur Cravan et John Fante. Du pic de sa vie morose, Eurydice apprécie la vue. Mon regard dans le vague (je réfléchis sûrement à réinventer la Poésie), mes gestes éthérés (si mes bras pendent sans expression, libres à eux), mon cou non parfumé. Cette inesthétique vestimentaire. Mon naturel désinvolte me sert de style.
C’est-à-dire, qu’est-ce que je ferais pas pour avoir l’air… Fumer des cigarettes roulées dans le vent des boulevards. Boire des demis de bières ma poitrine contre le dossier d’une chaise, une main dans le non-être et l’autre en l’étant, tenant le verre encore mousseux. Arpenter une rue venteuse, les épaules remontées pour protéger mon visage de la pluie, mains enfoncées dans les poches de mon long manteau, sur le chemin du cinéma de quartier. J’ai l’air splendide avec les yeux plissés sous l’effort. Prends mon bras, copine, prends mes airs de héros. Transcende, bordel de dieu! C’est un soir à se souvenir sur un canapé d’amis, ivres de whisky pas cher, fiers de nos épopées météorologiques nocturnes et culturelles. Un vieux film un soir de pluie, lovés l’un contre l’autre, les neurones éblouis de noir et blanc. Tu apprécies, j’espère, l’inconfort bohème de nos sièges poussiéreux. Rappelle-t-en, dis-leur aux amis comme on a souffert d’être beaux—nos doigts ornés d’encre parce qu’on aurait écrit de nouvelles légendes.
Retourne paisiblement au travail, pleine de cette intimité. Que ton employeur n’affecte que les cernes lourdes sous tes yeux désormais ouverts. Ne le laisse plus t’endormir la cervelle et le goût pour les choses de l’Art. Je ne serai pas toujours là (Dieu merci). Bientôt tu m’auras toi-même jeté à la rue froide. Je flotte, éthéré, spirituel, c’est d’accord, mais je ne fais rien d’autre. Moi, j’exhibe mes sentiments. Je les vomis à grands coups de verbe. Je les dissèque, les explose en détail. Mais comme une autopsie, au début on est curieux, on s’excite, et puis bientôt ça dégoûte. Au début on se pâme de ma sincérité. Je suis ouvert, sensible, j’ai vécu! Ce qu’on veut. On fait de même, encouragé… À la fin, on reste sur sa soif—le cœurs sec. L’air con de s’être cru sage. Ennuyeux, l’Arthur! Tant pis, je sais, mais moi j’m’en fous et j’m’en balance (on disait au collège : je m’en bats les couilles). Une de gagnée, dix autres perdues qu’attendent leur tour.
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A SUIVRE... |
Mécanique de la carte-postale
Poème en prose sans poème
Par Félicien Lurlement (vacancier)
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18 Février 2005 |
Quelle belle journée j'ai passée aujourd'hui! Tout s'est déroulé à merveille. J'ai commencé, juste après mon réveil, à me déplacer d'un point à un autre et puis à un autre encore pour ensuite revenir au même point et repartir vers un nouveau. Ce changement incessant de coordonnées géographiques est très plaisant quand il s'agit de vivre et de passer le temps. J'ai fait ça en gros, toute la journée. Je n'ai pas tardé à rencontrer mes semblables aussi. Et quelle belle mécanique! Nos échanges eurent tous cette fine apparence de logique et de cohérence. Tout le monde remplissait parfaitement sa tâche et le décor avait l'air tout entier réel, comme dans un bon film. |
I drink Kronenbourg
Vision en 2 packs
Par José Parade (internaute) |
17 Février 2005 |
Il était tard, 3H07, un truc comme ça, et Mathias venait de se dire qu'il était pas près d'aller dormir. Il papotait sur le net depuis 21H. Il était en caleçon et la façon dont il était assis en tailleur faisait qu'il avait une boule qui dépassait. Il commença à se rouler un petit joint et prit une bonne gorgée de bière, en regardant le tchat sur l'écran. Seulement il avait plein de bouteilles tout autour du clavier ; des vides surtout, mais quelques unes à demi pleines qu'il avait niquées malencontreusement avec un mégot ou les cendres de son pétard et qui étaient donc impossibles à boire. Elles restaient avec les autres. C'étaient les plus chiantes à jeter le grand jour du ménage venu. Et la gorgée qu'il prit, c'était une bièrasse avec un mégot et de la cendre dedans. Il prit une, deux bonnes gorgées avant de s'apercevoir. Le mégot. Gloup gloup. Mégot.
Un coup d'oeil sur le bureau et il vit sa bière, fraîche, offerte, divine. IL AVAIT AVALE UN VIEUX MEGOT. Il regarda la bouteille dans sa main. Restait un fond noirci de cendres mélangées au liquide. Il cracha par terre. Noir.
La première image qui lui vint était celle de chiottes avec un gros étron flottant dans l'eau de la cuvette.
Il attrapa un sac plastique du bureau de tabac qui trainaît là et se mit à cracher dedans tout ce qu'il pouvait. Noir, noir, noir. Ce qui était bizarre c'était qu'il avait pas envie de vomir. Juste la sensation de l'étron dedans lui, comme dans des chiottes. Pour se rincer la bouche il prit une bonne gorgée de bière, l'authentique cette fois. C'était bon sur la langue et dans la bouche, comme des ananas sexués qui roulaient dans un escalier rouge. Il avala. Gloup. Un instant la sensation du mégot disparut, puis il le sentit remonter. L'étron revint dedans lui à nouveau. Chiottes bouchées.
[03H09] < Percolator > putain j'ai avalé un vieux mégot!!
[03H09] < Percolator > me suis trompé de bière!!
[03H09] < Percolator > j'ai avalé un restant de bière avec un mégot dedans!!
[03H10] < Xyz > ahhaha, tu vas mourir matt!
[03H10] < Percolator > putain déconne pas je vais mourir!
[03H10] < Xyz > mais non, t'inquiète pas tu vas pas crever, allez bois ta bière
[03H10] < Percolator > j'ai avalé un mégot maaaaaaaan! JE VAIS CREVER!!!
[03H10] < Xyz > mais non tu vas pas mourir, bois ta bière.t'es un homme ou t'es un homme?
[03H10] < Percolator > putain non ! enfin je sais pas! mais je veux pas mourir!
[03H10] < FlemmeFatale > Comment t'as fait pour avaler un mégot?
[03H11] < Percolator > oh toi l'atome femelle je veux pas t'entendre
[3H11] < FlemmeFatale > Repulsion t'embrasse
[03H11] < Percolator > votre voix me fait penser à un cri du cul
[03H11] < FlemmeFatale > c pas moi qui vais crever
[03H11] < Xyz > moi je dis qu'il peut survivre
[03H11] < Xyz > je prends le pari 2 contre 1
[03H11] < FlemmeFatale > bon alors comment c arrivé?
[03H12] < Percolator > j'imagine que les coteaux de la nature m'y ont naturellement mené par la voie de leurs pentes douces
[03H12] < FlemmeFatale > cad?
[03H12] < Percolator > bah des fois je me plante d'orifice et fous mes cendres dans la bière que je suis en train de boire. y a plein de bouteilles de bière sur mon petit bureau. ça prête à confusion.
[03H12] < Xyz > ce prêtre à combustion
[03H12] < FlemmeFatale > tu dois être le personnage le plus bas que je connaisse. ça me plaît.
[03H12] < Percolator > je suis libre et encore vivant...
[03H12] < Blondastic > hey Xyz je relève le pari
[03H12] < Blondastic > 5 €. moi je dis qu'il meure.
[03H12] * Xyz prend note que Blondastic relèvre le mari pour dix euros
[03H12] < Blondastic > JAI DIT 5!!!!!!!
[03H13] < FlemmeFatale > je crois pas que tu tiendrais l'acte sexuel
[03H13] * Xyz prend note : FlemmeFatale met 10 $ Percolator dead
[03H13] < Percolator > putain je vais peut être vraiment crever je veux faire l'amour une dernière fois!!!
[03H13] < FlemmeFatale > et partir en me vomissant tes vieilles cendres dessus? t'espères quoi? une descendance?
[03H13] < FlemmeFatale > t'as un dernier mot?
[03H13] < Percolator > attends je vais chercher une canette
Il eut un rot qui sentait le tabac froid. Il se demanda s'il allait chier une merde avec le mégot planté dedans. Ca lui semblait une belle idée de cendrier. Il rit. Bon. En somme, tout allait bien. Il finit la bonne bière et en ouvrit une autre tout de suite derrière. Il avait pas loin à faire pour aller la chercher. Le pack était à ses pieds.
[03H18] < FlemmeFatale > je crois qu'il est mort
[03H18] < Xyz > non non non il peut tenir j'en suis sûr! certain!
[03H18] < Percolator > je crois que je vais chier un cendrier
[03H18] < Xyz > it's alive!
[03H18] < Percolator > si je survis je commence un commerce
[03H19] < Xyz > Yay! introduction en bourse!!!
[03H19] < Flemmefatale > si tu savais que t'allais mourir tu ferais quoi?
[03H19] < Percolator > pas grand chose de plus
[03H19] < Percolator > j'ai toujours su que j'allais mourir
[03H19] < Percolator > et en plus je suis tellement agnostique que je crois pas que le monde existe
[03H20] < Percolator > j'irai sur des sites pornos et compatirai en chrétien
[03H21] < FlemmeFatale > cad?
[03H21] < Percolator > les corps vendus de la prostitution sont ce qui restent de plus humain de ce que a pu être l'avant, quand il y avait encore un monde ...
[03H21] < FlemmeFatale > !!!
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A 4H24, il sirotait une de ses dernières cannettes en surfant sur des sites porno. Il sentait encore l'étron dans son estomac, mais il n'y pensait plus que par intermittences. Par contre c'était dingue le nombre de filles qui se foutaient à poil. Il lui semblait qu'elles étaient des millions. Elles étaient jolies et la plupart avait l'air de gentilles filles. Il avait toutes ses vieilles canettes là tout autour du clavier, certaines avec des mégots tout noirs flottant à l'intérieur, comme dans lui, et ces filles superbes offertes, nues, étalées sur l'écran. C'était bizarre, elles auraient certainement pu obtenir n'importe quoi en se servant de leur petites gueules, pas besoin d'aller jusqu'au cul comme ça. Ca poussait à certaines interrogations : combien il en avait croisées dans la rue qui allaient se foutre à poil devant un appareil photo ou une caméra? y avait-il un moyen de les reconnaître? Que faisaient les parents de ces filles? Les pros c'était une chose, mais la plupart était "amateur". Elles allaient bien se marrier un jour, avoir des enfants, un dentiste attitrée, faire des listes de course ,préparer des arbres de Noël. Allaient-elles expliquer à leur maris leur expérience des éjaculations faciales, de la double pénétration, du gangbang? Putain c'était curieux. Il aurait bien aimé en rencontrer une pour savoir.
Il venait de trouver une petite blonde, "Jenny" d'après le site, à part des chaussettes blanches elle était entièrement nue, très jolis petits seins, avec de tout petits tétons. Peau mate pour une blonde. Elle était dans une chambre banale et propre. Il s'était déjà branlé trois fois, mais il recommença lentement à s'exciter en cliquant les liens et en découvrant Jenny dans différentes positions. Sur une elle était à quatre pattes, sur un lit, la tête baissée et ses cheveux qui tombaient. C'était très beau. Elle tenait un petit coin de drap dans ses dents, les yeux mi-clos. Le boutton de son trou du cul était d'un rose foncé délicat. Cette photo acheva de le faire bander complètement. Il eut un rot et une rapide sensation de nausée puis il commença à s'astiquer. Il fixait le petit bouton rose, les yeux, les dents. Il s'excita très vite et accéléra le mouvement. Malgré les trois branlettes précédentes il éjacula assez vite. Jenny était douée. Il referma avec un petite tendresse la fenêtre de son site. Et retourna à la gallerie. Il ralluma aussi son pétard puis se mit à chercher un visage excitant parmi les photos des autres filles. La sensation de nausée revint et cette fois elle dura plus longtemps. Il porta la main à son ventre. L'étron était toujours là. L'étron flottant dans la cuvette des chiottes. Il le sentait. Il retourna sur le tchat.
[04H29] < Percolator > hey Xyz
[04H30] < Xyz > ouiiii mon amour! tiens bon!
[04H30] < Percolator > tu ferais quoi si t'avais l'impression d'être des chiottes bouchées qu'on va remplacer pour cause de vetusté?
[04H30] < Xyz > C pas un langage cette façon de parler! tiens bon! mais bon je dirais à ma mère que je l'aime.
[04H30] < Percolator > ahh putain ma reum quess qu'elle va penser?!!??
Il se dit que ce serait peut-être une bonne idée de se forcer à vomir. Mais il aurait fallu descendre les escaliers, se carrer les doigts profond dans la gorge : flemme totale. A la place, il but une autre gorgée et avec un autre petit rot la nausée disparut. Ca tombait bien, il avait trouvé une asiatique. Cheveux courts. Carrément craquante. Il fut pas déçu, elle était absolument superbe, toute fine, roseau et opaline. Kit. Ses cheveux s'arrêtaient net sur sa nuque. De longues mains. Sa petite chatte rasée net. Pas un poil, avec une fente nette et un minuscule morceau de clitoris visible. Comme le bout d'un auriculaire. Elle souriait à l'objectif, assise sur un canapée, jambes écartées. Il l'aurait demandée en mariage s'il avait eu un moyen de la contacter. Il lui aurait dit comme elle était belle et qu'il fallait plus qu'elle montre son cul comme ça. Son visage était si beau. Ca l'excita d'un coup. Sa main fondit sur sa bite. Elle avait aussi un cul fantastique à montrer, tout serré, moulé, musculeux, rebondi. Et toujours un sourire et le regard vers l'objectif de l'appareil, un sourire léger, amical. Comme une gymnaste qui vient de remporter un prix et remercie ses parents. Putain il comprenait pas ces filles, il s'astiquait ferme et l'interrogeait mentalement, "pourquoi tu fais ça hein? t'es trop mignonne , tu pourrais être une princesse, petite salope... non excuse-moi t'es pas une petite salope... mais putain comment t'es bonne... pourquoi, pourquoi??..." Il fixait plus que ce visage et jouit à nouveau au moment où le mot innocence ouvrait des pétales blancs dans sa tête. Kit. Kit resterait longtemps dans son souvenir. Il referma la fenêtre.
Sur le tchat y avait plus que Xyz d'actif qui expliquait pourquoi ce serait bien de peindre les gentils en bleu et les mauvais en rouge de façon à ce que la population américaine puisse s'intéresser à la politique étrangère. Un autre fit une courte apparition pour dire que les juifs et les palestiniens pourraient avoir des rayures. Comme ça ils se demanderaient qui étaient les premiers bleus, comment ils étaient devenus rouge etc ; et se batteraient. L'Histoire en plus simple, plus gros, et en easy-listening. Matt se demandait pourquoi il restait debout comme ça, et pareil pour eux tous. Il avait l'impression d'être une seringue usagée. Une vieille capote. Un figurant dans un mauvais film. Pourquoi le corps était une plaie béante. Mal de dos, problème de foie, lunettes à refaire. Et les années qui passent comme des jours. Il avait parlé, il avait rit, pleuré, bafouillé, menti, dit la vérité sans être compris, abaissé certains par ressentiment, élevé d'autres à la hauteur d'idoles par intérêt. Cherché du travail. Pris des vacances. Le camping, c'est bien pour les salariés. Additionner tout ça ne voulait rien dire, comme si la Fabrique cachait son vrai traffic. Il se dit qu'il serait tous à peu près tomber d'accord là dessus. Il eut envie d'ouvrir la fenêtre pour prendre un peu l'air frais. Mais l'acte s'imposa comme aussi difficle que la traversée des océans à la nage. Avec la muraille de Chine acrochée au cou. Alors il resta là. Assis sur son cul blanc, poilu, et parfaitement inutile, avec, en prime, une couille à l'air. La nuit était belle. pourquoi la nature était-elle toujours aussi majestueuse après la salissure humaine? parce que. A cette heure là c'était presque complètement silencieux dehors. Des chats en rut hurlaient comme des bébés qu'on égorge une ou deux rues plus loin. L'ovulation sanglante ne connaissait pas le repos. Mais il fut saisi par une certaine sérénité. Puis le mégot remonta soudainement jusqu'en haut de sa gorge.
Il le ravala sec. Son coeur se mit à palpiter. Il se dit très rapidement qu'il allait mourir. Des fourmillements l'envahirent. Il porta les yeux vers l'écran... [04H45] < Xyz > la division en deux sexes est dépassée le mieux ce serait qu'on soi tous des oeufs mais la nausée empira. Alors il baissa les yeux vers le sol.
Il repensa rapidement au cendrier qu'il allait mouler et il pouffa en toussant, puis cracha. Il se tenait la partie gauche de la poitrine de la main droite, plié sur sa chaise de bureau; si vieille, que l'arête de son cul y avait produit une empreinte profonde. Après quelques secondes le malaise s'atténua. Il alluma une cigarette. Quelle honte que la douleur.
Le tchat s'était éteint entre deux. Xyz était parti. C'était un chic type. Mathias ouvrit une bière, une neuve, pour plus de précautions. Un immense fatigue pesait sur ses bras, sa tête. Une fatigue d'uranium.
Après considération, il retourna sur son site de cul, www.tonsofass.com. Nausée, pornographie, mal de vivre. Il éclata de rire. Plutôt il ricana. Quelqu'un allait écrire cette histoire un jour, il mettrait moins de vingt minutes et ne demanderait rien en échange. On en ferait une pub. Qui servirait aussi bien à une quelconque marque de bière ou à la propagande anti alcool. L'important c'était le bruit des images pour faire passer l'inexistence des corps. Nous avions tous déjà été désintégrés.
Il tomba sur Pauline, 22 ans, serveuse dans un snack pour routiers dans l'Idaho d'après le site. Elle était blonde et avait la bouche protubérante et un noeud rose dans les cheveux. Plus fort, la lèvre supérieure de sa bouche décrivait un petit arc de cercle qui comprenait dans le même lot le dégoût et la perversion. Elle avait l'air d'une grosse pute.On avait envie de lui péter le cul direct. De se faire sucer par cette bouche comme un derrick à sperm. Il se branla furieusement pendant 1 minute. L'humanité tout entière est secouée comme une canette de coca quand tu te branles bourré. Flap. Louis XVI à la rencontre de neil armstong Flap sur un plateau de télé Flap animé par warhol où des filles Flap filles anonymes offrent leurs culs Flap à travers un mur percé de trous. Flap flap flap. La mort, le désir, la finitude du corps et encore quelques conneries passagères de plus. Pendant une seconde sept dixième il se demanda pourquoi il avait des pensées du genre L'acte de masturbation que tout le monde pratique implique une envie de dépassement passionné de soi tandis qu'en même temps est pris en compte de manière dépitatoire le fait de notre misérable condition finie d'ectoplasmes en promotion le temps d'un printemps. Mais il voulait se concentrer sur Pauline. Flap flap flap. Et s'appliqua à s'astiquer.
La suceuse de camionneurs de l'Idaho le fit jouir sur une photo où elle se mordait le gros orteil du pied gauche. Flap Flap Flap Flap.
Il eut un rot.
Un définitif.
[04H51] < Xyz > Percolator?
[04H52] < Percolator > dsi ma mère que je laime
Un liquide sanglant coula dans sa bouche.
Ce fut comme une coulée de lave, mais en fait c'était de la cendre noirâtre, une giclée du fond de la gorge. Quand la subsance atteignit sa langue il eut l'impression de lécher une route. Un grand spasme brûlant comme un embouteillage en plein été. Un oiseau de feu. Il mourut en perlant une toute petite et ultime goutte de sperme. Les yeux révulsés sur la page "lesbiennes" de www.tonsofass.com. Il se demanda ce que penserait sa mère quand les pompiers le trouveraient. Dehors, les chats s'étaient calmés, le plus fort avait dû se taper la femelle et maintenant ils ronflaient tous, dans l'humiliation, la victoire ou quelque part entre les deux. |
Boris
Un texte ricochet qui fait plouf dans l'eau
Par Daphné Docte (sans profession) |
15 Février 2005 |
Ce n'est pas tant le fracas métallique des bennes à ordures qu'un vieil instinct tétu qui lui donna la force de se réveiller. Boris était sur le parvis de la bibliothèque municipale. Allongé contre un poteau.
Il émergea lentement.
Ses chaussettes étaient dépareillées, son costume était sale, sa chemise sortait de sa ceinture, sa cravate était attachée autour de son front, comme un bandeau. Une bouteille de gin gisait près de sa main droite. Il avait une poignée de cheveux blonds dans la main gauche. Des cheveux assez longs, pas les siens, les siens étaient noirs courts et épais. Il fourra la touffe de cheveux blonds dans sa poche. Allez vieux pirate.
Il se releva péniblement. Un morceau de cravate vint lui battre la joue dans l'air relativement frais de ce morne matin. La sensation du tissu était tout entière un encouragement. Il savait reconnaître un encouragement lorsqu'il y en avait un. Devant lui s'étalait la morne plaine de la banlieue, il était tôt, la rue était balayée par des vieux journaux tachés de merde, la lumière était blanc crasseux et n'éclairait rien. Toutes les voitures avaient les roues crevées. Il avait mal au crâne.
Il ne fit aucune tentative pour se rappeler comment il était arrivé là. Tout l'accomplissement était déjà d'être là. Marin, croise! Il rabattit sa cravate derrière son oreille et se pencha en avant pour vomir. Il vomit trois longs jets de bile et d'alcool, s'essuya la bouche avec le revers de la main et sortit une cigarette de sa poche intérieure. Puis il parvint, en plissant les yeux, à distinguer la benne qui faisait tant de bruit. Il y avait deux camions. Des bennes à ordures marqées au sigle "ECOBIO" avec le slogan, "le recyclage n'a pas de limite" juste en dessous, en plus petits caractères. Il alluma sa cigarette.
Des Africains portant des blouses orange s'activaient autour. Il aimait bien ces gars là. Ils portaient des gros bonnets de laine même en été. Jeune, à la fac, lorsqu'il se retrouvait dans la rue à 5 heures du matin, certains buvaient un café qui fumait dans la pâleur de l'aube et parfois, ils lui en proposaient un qu'il buvait avec eux. Ils bougeaient comme des espèces de grands félins. Sûrs et d'une certaine façon, maniérés. Ils avaient des grandes dents blanches plantées dans des grands sourires. Boris ramassa sa bouteille de gin. Il en restait un bon tiers dont il but en une longue lampée. Le liquide lui brûla l'estomac sévèrement. La lampée était magique. Il était en vie. Il aspira une grande bouffée d'air. Son souffle lui semblait si mince. Son souffle était si mince. Ténu. Aussi ténu qu'il était tétu à persister. La morne plaine s'étalait comme un océan sans horizon et les Blouses orange s'activaient au milieu, intacts au milieu de la désolation. Tout l'accomplissement était déjà d'être encore là. Fragilité de l'équilibre, vapeur, buée, passage en creux dans le négatif. Noyade dans la flaque humaine. Il toussa et cracha un glaviot épais sur le sol.
Ces Blouses Orange-là étaient pas très loin, à peine une quinzaine de mètres, droit de l'autre côté de la rue. Leur manège était particulier et rendit Boris curieux. Il finit sa clope en les regardant. Deux d'entre eux sortaient des grandes boîtes blanches de la première benne. Ils les posaient sur le trottoir en silence, les unes à côtés des autres. Il y avait tout un mécanisme à base de forts pistons et d'engrenages suisses pour sortir les boîtes, qui étaient plus ou moins grandes et ressemblaient à la fois à des cercueils, des aquariums et des pots de fleurs. Ils en posèrent une dizaine sur le sol puis les trois qui buvaient leur café s'activèrent à leur tour. Ils rangèrent leur thermos.
Ils rangèrent le thermos.
Le plus vieux sortit un énorme trousseau de clés de sa poche. Ils se dirigèrent vers le premier immeuble et le vieux ouvrit la porte à l'aide du trousseau, puis ils disparurent à l'intérieur. Boris contemplait en se demandant à quoi pouvaient bien servir les boîtes. Quelque part, ça l'emmerdait de se sentir curieux, il y avait jamais vraiment de raison de l'être. Mais il s'y laissa aller. Il prit une autre lampée de gin, écrasa sa clope et en alluma une autre.
Des mouettes volaient dans le ciel, crasseuses elles aussi, comme le reste, comme des vieux pirates, suspendues au dessus de l'accident général, des boules de pellicule photo roulaient dans les caniveaux, et les Blouses Orange bougeaient avec le précision chirurgicale des félins, un meurtre rouge sang avait lieu dans la permanence de l'inanité et les mouettes flottaient, par dessus, suspendues. Une grande indifférence planait. Le temps et l'espace étaient à louer autour du bruit et de la confusion.
Boris remarqua que les Blouses Orange savaient vraiment bouger et que ça les aidait visiblement à vivre. Ils n'en voulaient à personne à force de bouger comme ça. En tout cas c'est ce que se dit Boris, qui bougeait comme une poule en chute libre et en voulait à tout le monde. Il écrasa sa cigarette, en alluma une autre, but une autre lampée et jeta un coup d'oeil sur les alentours.
Un farceur avait écrit sur les marches : "Cache-toi, objet".
L'horloge de la gare annonçait avec une fière allure de curé laïque qu'il était 6H15.
Sa queue, un peu comme son souffle auparavant, se rappela à sa mémoire dans toute sa réalité à travers une courte érection.
Un soleil pâle s'était levé, un soleil tiède. Il se réchauffa un peu. Un petit lézard sortit sa tête d'une fissure entre ses pieds à l'endroit où une petite touffe d'herbe levait ses petits bras. Le petit lézard avait un air comme ça d'être post-apocalyptique. Il l'était sûrement. Boris décida d'enlever ses chaussures et de s'assoir sur les mots du farceur, il allongea les jambes et décida de regarder ses amis félins les Blouses Orange. Les deux qui avaient sorti les boîtes venaient de le remarquer. Un lui fit un salut fraternel de la main. Boris rabattit sa cravatte derrière son oreille et dressa fièrement le poing en poussant le menton en avant. Ils rirent et continuèrent de faire ce qu'ils faisaient.
Quelques minutes passèrent et l'équipe avec le trousseau réapparut. Le vieux tenait la porte de l'immeuble et ses deux acolytes portaient ce qui était visiblement un corps humain, enrobé dans les draps où il avait passé la nuit. Ils le portèrent jusqu'à leur benne à eux et le balancèrent dedans. La tas de viande attérit avec un bruit sourd et épais comme un balot de linge mouillé.
Boris applaudit.
Le vieux et les deux qui venaient de balancer le corps lui firent un geste à leur tour et il leur sourit. Il connaissait tout le monde maintenant. Ensuite, ceux qui avaient sorti les boîtes en embarquèrent une et disparurent à l'intérieur de l'immeuble, accompagnés par le vieux, toujours muni de son gros trousseau. Les autres reprirent une discussion qu'ils semblaient avoir depuis toujours. Après cinq ou six minutes le vieux et son groupe ressortirent avec la boîte visiblement allégée de son contenu, qu'ils remirent dans la benne. Pistons. Fracas. Pendant ce temps le premier groupe était déjà retournée dans l'immeuble. Le manège recommença plusieurs fois. Ils remplaçaient les corps, les uns après les autres, balançaient les machins dans la benne, remplaçaient avec ceux des boîtes, ramenaient les boîtes. Boris trouvait ça fantastique comme service municipal. Ils en remettaient des neufs pour la semaine. Les usés iraient nourir les vieilles mouettes crasseuses sur de majestueux tas d'ordures. Les rivières couleraient des flots boueux imprégnés de somnifères et de contraceptifs. Le jour passerait, avec son lot de bruit, de gesticulements, de bus et de tickets. Des habitants jettables liraient des journaux tachés de merde. Boris se frappa les cuisses et s'enfila une petite lampée. A chaque corps balancé il y allait de son petit Bravo! Bravo, auquel il ajoutait un spendide accent italien, "BrrRRRravo BrRravo! ". Soudain il se rendit compte qu'il se sentait bien. C'était bon d'être humain. Avec toutes les contradictions... ses chaussettes qui n'étaient pas de la même couleur, sa cravate, sa chemise.. C'était bon. Il but une lampée. Une bonne lampée. Il savait reconnaître un bon moment et en profiter. La mort n'était qu'un accident mineur qui ne concernait que les non vivants. Il but une autre lampée. Une autre bonne lampée.
Tel un curée laïque dont la nation vient de gagner un match de foot, l'horloge de la gare annonçait maintenant 6H45. Il y avait une petite victoire à chaque seconde dans le fait que l'horloge était encore debout.
Ses potes remplaçaient les corps. Boris était en vie. Tout tenait miraculeusement encore debout dans un équilibre désastreux.
Il s'étira comme un gros chat, lacha un pet. Baîlla. Ses amis réapparurent avec un nouveau client. Le 6ème. Vachement plus gros. Une barrique de corps. Ils le firent balancer dans la benne comme un gros tas de merde. Le bruit était moins compact à mesure que la benne se remplissait. Boris siffla entre ses dents et cette fois, pour varier un peu, il hurla : "BUUUUUUUUUUUUUT!"
Une des deux Blouses Orange fit une petite pirouette et salua comme un footballeur.
C'est une GROSSE boîte qu'ils embarquèrent cette fois-là et c'était vraiment impressionant de les voir soulever ça. Le vieux en était conscient et, fier de ses gars, il montra ses biceps à Boris, l'air de dire : t'as vu ?. Même les siens pour un vieux étaient pas si pourris. De beaux restes. Boris rigola et s'enfila une autre gorgée.
Soudain,
ils remarquèrent tous la petite bibliothécaire. Elle avait littéralement surgi de nulle part. Boris finissait souvent devant la bibliothèque lorsqu'il buvait, lieu qu'il aimait insulter en utilisant le terme d' "église de châtrés". La plupart de écrivains étaient des châtrés. Surtout Garcia Marcia Lorquez. Il lui avait déjà dit, à la petite bibliothécaire, que ce bâtard était un gros châtré. Elle avait sourit avec son petit air craintif mais elle avait rien dit. C'est vrai que parler c'était n'importe quoi. Elle était rousse faut-il ajouter et transportait une fine odeur aigre douce. Comme les pluies d'été sur les pierres chauffées. Elle lui répondait souvent en scannant le code barre de l'ouvrage. Et là maintenant,
Elle se tenait au milieu de la rue et fixait le bâtiment derrière lui.
Le bâtiment où même ce châtré de garcia marcia lorquez pouvait se réfugier.
Elle ne le voyait pas.
Il la voyait.
Les Blouses Orange étaient encore tous sur le trottoir à ce moment là, et la voyaient aussi.
Elle, elle voyait personne.
Elle vérifiait.
Elle vérifia longuement que la bibliothèque n'avait pas brûlé.
A reculons et à petits pas, elle s'éloigna finalement, sans quitter la bibliothèque des yeux. Ils la suivèrent tous des yeux lentement reculer, mais elle ne les voyait toujours pas. Elle n'était quand même pas tout à fait rassurée pour la bibliothèque.
A un moment, elle était suffisament loin pour qu'on ne la voit plus.
Il y eut un moment de silence où un véritable petite émotion eut le temps de s'épanouir. Quand elle eut disparu pour quelques minutes, l'émotion explosa comme un ballon, les Blouses Orange se tapèrent dans les mains comme une équipe de basket qui vient de marquer un panier et Boris poussa un long hululement en levant les pouces vers le ciel, qui en retour s'en foutait royalement. Cet enculé de garcia marcia lorquez en avait de la chance d'avoir sa petite rousse outrée de bibliothécaire.
Un instant passa pendant lequel l'émotion eut le temps de s'évanouir. Tout redevint gris et normal.
Sûrs et élastiques, ses nouveaux amis se remirent à la tâche et petit à petit, remplaçèrent les corps des habitants de l'immeuble. C'était la bué du matin. Les corps étaient balancés, les boîtes disparaissaient. Boris applaudissait. L'air était bas et à peine suffisant. Les mouettes flottaient par dessus et lachaient paisiblement leurs fientes.
Ramassant sa bouteille, Boris traversa la rue. Ses amis venaient de réapparaître avec un beau chargement, une masse, la chose devait peser au moins 200 kilos, un vrai monument, un tas suffisant pour modifier l'ordre naturel des mârées. C'était des putains de pros. Ils portaient encore leur éléphanteau avec grâce. Malgré tout l'effort. Y avait de quoi être envieux de leur élégance toute naturelle. Quel spectacle! Ils commencèrent à le faire balancer et Boris les encouragea " A LA UNE !... A LA DEUX!... ah, ils avaient un de ces terribles swings!...
A LA TROIS ils le jettèrent dans le camion. Boris pensa au bruit que devait faire une baleine jettée du haut d'une falaise. Toute la benne en trembla sous le choc. Les amortisseurs s'affaissèrent. Boris leva les bras en forme de V, puis applaudit ; - en cadence les Blouses Orange s'essuyèrent les mains -. La fraternité aussi était douce.
C'était leur dernier client. Ils enlevèrent leurs gants et rangèrent ce qui restait à ranger. Puis, alignés les uns à côté des autres, ils saluèrent Boris en lui faisant une petite révérence de théâtre. Boris leur fit un salut militaire. Ils rirent. Ils remontèrent dans leurs camions et démarrèrent en klaxonnant. C'était un peu comme un au revoir de vieux films, sur le quai d'une gare, mais sans la fille, sans le mouchoir, sans la gare.
Le tout prit quand même quelques minutes de remplissage du réel.
La place était bien vide maintenant, sans eux, pensa Boris. Si c'eût été un film, il aurait fallu lacher le générique à cet instant. Mais il n'y avait pas de caméras. Le vent souleva juste un peu l'odeur de merde. Boris but ce qui restait de gin et jeta la bouteille devant lui, qui se brisa avec un superbe éclat chevaleresque.
L'horloge de la gare annonçait avec un air de curé gay qu'il était 7h15. Un énorme type émergea de l'immeuble, cireux et décallé. Il devait peser au moins 200 kilos. Boris eut envie de le saluer tout en sachant qu'il n'y avait aucune fraternité à attendre. Il lui fit quand même un geste de la main et le gros répondit sans trop réagir, avec un air mal réveillé à avoir bouffé du plomb ou pioncé sur un matelas d'uranium. Il se dirigea vers la boulangerie, qu'une petite grosse était en train d'ouvrir. Bientôt, d'autes personnes apparurent. La plupart étaient plutôt petits et gros. Boris se demanda quand l'humanité était devenue pathologiquement obèse. Cette espèce manquait d'infini. La ville s'éveillait, pleine de petits gros tout neufs qui manquaient d'infini.
Boris ressera le noeud de sa cravate autour de son front. |
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